Le site institutionnel de la Fédération Nationale de la Pêche en France
Accéder au site
Le site institutionnel de la Fédération Nationale de la Pêche en France
Accéder au site
generationpeche.fr – Toute l’actu de la pêche en France
Accéder au site
Trouvez les informations pêche de votre département
Accéder au site
cartedepeche.fr - Le site officiel pour obtenir la carte de pêche de votre association agréée
Accéder au site
Publié le 10/04/2026
Un projet de décret envisage de classer le silure comme ESOD.
Pour rappel ESOD = espèces susceptibles d'occasionner des dégâts - Article R427-8 du code l'environnement
La Fédération de pêche des Bouches-du-Rhône s’oppose fermement à cette proposition. Voici l’avis qu’elle a publié à ce sujet :
Cet avis est en grande partie basé sur le « Rapport d’expertise relatif à l’état des connaissances des populations du Silure Silurus glanis et de ses impacts sur la gestion équilibrée des populations piscicoles » datant du 13/01/2026, rédigé par Nicolas Poulet (DRAS), Laurent Beaulaton (DRAS), Olivier Cardoso (DRAS), Gaël Denys (PatriNat), Pierre Boyer (DPPC), pour le compte de l’Office Français de la Biodiversité, disponible ici « https://cnrs.hal.science/IMFT/hal-05469256v1 ».
Ce document constitue une synthèse des connaissances concernant l’écologie du silure, son statut, ses impacts sur la biodiversité, ses caractéristiques dans une perspective de valorisation économique ainsi que les mesures de régulation de l’espèce. Aussi, devrait il constituer une base à la prise de décision concernant le silure.
Ce document stipule ; « une étude approfondie des tendances des effectifs de silure à l’échelle nationale apparait nécessaire afin d’avoir une vision claire sur la dynamique récente des populations et répondre à la question de savoir si elles sont majoritairement toujours en expansion ou si elles se stabilisent, voire régressent ». De fait, un classement du Silure en tant qu’espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques au titre de l’article L.432-10 du code de l’environnement parait prématuré.
« Le silure tend à se nourrir des espèces les plus abondantes ou les plus accessibles (présentant les meilleures chances de capture). (…) Il était donc attendu qu’en présence de migrateurs amphihalins, ceux-ci soient susceptibles d’entrer dans son régime alimentaire ». Toutefois, la chute des effectifs d’amphihalins ne peut être imputée à la prédation du silure seul, ainsi, « En Camargue, l’observation de la baisse de la densité d’anguilles dans le canal du Fumemorte en même temps que l’augmentation de la présence du silure (Bevacqua et al., 2011) n’a cependant pas pu être expliquée par la prédation, l’analyse des isotopes stables ayant montré une consommation anecdotique de l’anguille (Martino et al., 2011; Musseau et al., 2024). Ces résultats renforcent l’idée que le silure ne cible pas nécessairement les amphihalins mais les espèces les plus accessibles ».
Par ailleurs, en therme de compétition interspécifique, notamment avec les autres prédateurs (sandre, perche, brochet) et l’Anguille, le rapport indique ; « il semblerait que les impacts de cette compétition restent limités, probablement grâce à une niche trophique plus large et plus flexible chez le silure (Copp et al., 2009; Vejřík et al., 2017) ».
Le rapport indique également ; « Une étude basée sur le suivi par pêche à l’électricité (base ASPE, Irz et al., 2022) de 112 stations entre 1989 et 2010 n’a révélé que de rares cas (généralement moins de 10% des cas) où l’arrivée du silure aurait eu un impact significatif sur le nombre, la densité totale ou la densité en espèces holobiotiques ou en anguille en cours d’eau (Guillerault et al., 2015a) ».
Concernant les poissons amphihalins plus particulièrement, il indique ;
« Les études sur les impacts du silure sur la faune aquatique montrent qu’il exerce une pression significative en tant que prédateur sur les migrateurs amphihalins, notamment la lamproie marine, les aloses, voire le saumon atlantique. En revanche, aucun impact notable n’a encore été montré sur les espèces holobiotiques ou l’anguille ».
Mais il précise également ; « Il est important de rappeler que la dégradation de l’état de conservation des migrateurs amphihalins résulte de multiples pressions anciennes et actuelles, telles que la rupture de la continuité écologique, les pollutions et la pêche. Ces pressions sont exacerbées par le changement climatique qui affecte tant les milieux marins que les eaux continentales. Ainsi, la conservation des migrateurs amphihalins requiert une approche globale intégrant l’ensemble de ces facteurs. Les plans de gestion devront évaluer l’opportunité d’instaurer des mesures de gestion du silure, tout en assurant leur cohérence avec d’autres actions prioritaires. »
Aussi, il ressort, qu’en conditions naturelles de fonctionnement du milieu, la compétition du silure avec les autres espèces prédatrices est limitée, que le silure a localement un impact sur certaines espèces de poissons migrateurs, ces dernière étant dans des états de conservation précaires. Cependant, bien que la pression du silure puisse localement s’ajouter aux pressions subies par ailleurs par ces espèces, c’est bien ces dernières qui ont une incidence majeure sur leur état de conservation, en particulier, tel que cité dans le rapport pris ici en référence, la continuité écologique, le rapport mentionne ainsi l’exemple de 10 ans de suivi sur la Dordogne qui montre ; « 100% des saumons adultes, 67% des aloses, 58% des anguilles et 53% des lamproies prédatés ont été retrouvés dans des silures capturés à l’aval immédiat de barrages ou dans les dispositifs de franchissement. Les impacts des ouvrages et de la prédation sur les amphihalins sont donc intrinsèquement liés » la prédation du silure sur ces migrateurs est donc surtout une conséquence des difficultés de franchissement d’obstacles en rivières. Aussi, la priorité concernant la sauvegarde des poissons amphihalins n’est pas le silure bien qu’une gestion localisée puisse être nécessaire complémentairement à une gestion plus globale et s’attachant aux pressions les plus prépondérantes, mais la continuité écologique donc ainsi que la dégradation des milieux, les pollutions et la pêche, en particulier la pêche professionnelle, toujours autorisée pour l’Anguille par exemple, espèce en danger critique d’extinction et très largement exploitée à tous ses stades de développement.
Inscrire le silure sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques est un outil de régulation inefficace tant pour le silure en lui-même que pour l’amélioration de l’état de conservation des poissons migrateurs. Ce classement n’a aucun effet mesurable sur une espèce bien implantée telle que le silure comme cela s’est vérifié avec d’autres espèces (poisson chat, pseudorasbora, etc…).
Par ailleurs, la régulation du silure dans certaines situations locales, si elle s’avérait nécessaire, reste possible sans nécessité de cette inscription.
En conclusion, l’inscription du silure sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques, outre son inutilité et son inefficacité, détourne des raisons principales du déclin des espèces amphihalines et des priorités de gestion qui doivent en découler sur lesquels les efforts doivent être portés (continuité écologique, pêche professionnelle, restauration des milieux). Si le silure peut localement être une pression supplémentaire, son impact reste accessoire de causes plus profondes à traiter prioritairement, le silure pouvant en complément uniquement, et sans besoin d’un classement, être réguler dans ces cas très spécifiques si son impact est avéré.
Compte tenu de ces éléments, ce classement sera inefficace et inutile par rapport à l’objectif poursuivi, nous ne pouvons donc que nous y opposer.
